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Être jeune à Grenoble

Orientation, formation, accès à l’éducation, à l’emploi, à la culture et à la pratique sportive, et aussi engagement et citoyenneté, mixité, laïcité, climat, questions d’identité ou préoccupations liées aux discriminations… Les défis auxquels la jeunesse est confrontée sont nombreux, tant sur le plan de la construction personnelle que sur celui de la participation à la vie de la cité. À un moment charnière marqué par le désir d’émancipation et la nécessité de trouver sa place dans la collectivité, quel accompagnement et quelles ressources sont disponibles sur notre territoire ? Et comment les 16-25 ans vivent-ils leur jeunesse à Grenoble ? Gre.mag vous en dit plus.

Structures

A chaque jeune son dispositif

Riche d’un tissu associatif très dense, Grenoble compte de nombreuses structures d’éducation populaire.

Un Chantier Ouvert au Public (COP) a permis de rénover le terrain de jeux Le Bastion en lien avec les habitants et des jeunes en service civique. ©Auriane Poillet

Parmi elles, huit MJC, réparties dans tous les secteurs de la ville portent des initiatives en direction des 16-25 ans : activités culturelles ou sportives, accompagnement à la scolarité comme à la construction de projets de sorties ou de séjours…

Disposant pour la plupart de foyers dédiés à la rencontre, l’échange et la convivialité, ces MJC encouragent le vivre-ensemble et la citoyenneté en organisant des soirées thématiques : concerts, projections, débats…

Certaines développent même des projets spécifiques en faveur de l’émancipation, comme la MJC Anatole-France qui permet aux jeunes de s’investir dans son secteur enfance en tant qu’animateurs.

Les MJC sont aussi des relais privilégiés du programme Jeunes en Montagne porté par la Ville. Elisa Martin, première adjointe, souligne :

Nous agissons en partenariat étroit avec les équipements socioculturels qui accompagnent les jeunes et avec lesquels on partage des valeurs éducatives.

Autre porte d’entrée des politiques publiques, la Mission locale accompagne les 16-25 ans dans leur insertion professionnelle. Elle accueille plus de 3000 jeunes par an.

Mise en synergie

Depuis novembre 2018, un nouvel équipement municipal implanté quartier Ampère, le Transfo, réunit le service Jeunesse de la Ville et cinq associations dédiées à la jeunesse, l’engagement et l’accès aux droits : l’Adiij (Association Départementale d’Information et d’Initiative Jeunesse), lieu ressource pour les questions liées à la formation, l’emploi, le volontariat, le logement, la santé…

On y trouve aussi l’Afev (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville) qui lutte contre les inégalités éducatives, Cap Berriat, en soutien aux initiatives des jeunes, Unis-Cité, qui mobilise des jeunes volontaires en service civique, l’Institut de l’engagement, qui accompagne les jeunes sur leurs projets d’avenir.

En plus de leurs activités respectives, les six structures portent ensemble un projet commun : porter les initiatives et encourager l’exercice d’une citoyenneté active en animant un lieu de vie au service de la construction personnelle, de l’émancipation et de la mise en pouvoir.

Le Transfo est ouvert depuis le mois de novembre 2018. ©Auriane Poillet

Après la Chaufferie, le Patio et les Baladins, l’ouverture de ce nouvel espace s’inscrit directement dans la logique de la politique jeunesse de la Ville, qui « s’appuie sur lieux où il se passe des choses et où les jeunes peuvent non seulement  trouver des ressources mais aussi l’opportunité d’une mise en réflexion et en action ».

Particulièrement attentive aux situations de discrimination et d’exclusion sociale, la Ville assure une présence de terrain renforcée de ses équipes jeunesse dans les quartiers populaires.

Un accompagnement ciblé

Elle déploie aussi un large éventail de dispositifs à destination de tous les jeunes Grenoblois : le Fij (Fonds Initiative Jeunesse) pour soutenir les projets citoyens, la bourse Bafa dont les modalités d’attribution ont été modifiées cet hiver afin de récompenser la motivation et l’implication, le dispositif Regards croisés qui aide à la préparation et au financement d’un voyage réalisé dans une perspective de réflexion citoyenne.

Sans oublier les chantiers jeunes qui se mettent en place cet été. Autant de leviers pour « favoriser l’engagement, l’accès à l’autonomie et la confiance en soi. » La Ville porte également le Programme de Réussite Éducative : un accompagnement individuel et personnalisé pour les 16-18 ans en décrochage scolaire.

Et pour les 18-25 ans en situation d’urgence (problèmes d’hébergement, de santé) le CCAS met actuellement en place une cellule de veille Jeunes Majeurs qui vise à apporter une réponse réactive et appropriée par une collaboration renforcée entre les acteurs : service jeunesse, Mission locale, foyers de jeunes travailleurs et associations.

Afin de favoriser l’engagement, la Ville accueille aussi une trentaine de jeunes en service civique et les accompagne toute l’année par le tutorat, la formation et l’organisation de temps collectifs. Elisa Martin conclut :

L’ouverture aux jeunes dès 16 ans des budgets participatifs pour lesquels ils peuvent proposer des projets et voter, témoigne de la même volonté de les faire participer à la vie de la cité tandis que la gratuité des bibliothèques et du musée de Grenoble pour les moins de 26 ans favorise leur accès à la culture.

évasion

À la conquête des sommets

Jeunes en Montagne est un dispositif unique en France, qui permet à tous de découvrir gratuitement les massifs entourant Grenoble avec un encadrement professionnel.

©Maison de la montagne

Porté par la Mission Montagne de la Ville, il s’adresse aux collégiens et lycéens, aux jeunes qui fréquentent les MJC ainsi qu’à un public plus précaire, par le biais de partenariats avec l’Adate (Association départementale d’accueil des travailleurs étrangers), la Mission Locale…

Gagner en autonomie

Il comporte un parcours de six sorties, essentiellement en moyenne montagne, avec un programme au choix parmi de nombreuses activités : randonnée pédestre, raquette neige, via ferrata, escalade.

L’occasion de découvrir des espaces préservés et de vivre une expérience collective tout en expérimentant des situations de dépassement de soi qui permettent de gagner en autonomie.

Créé en 2003, Jeunes en Montagne connaît un nouvel élan depuis 2014 : le nombre de bénéficiaires est passé de 200 à 408 et la Ville poursuit son effort pour lever les barrières et toucher encore davantage les publics éloignés.

informationRenseignements divers
courrielhttp://www.grenoble-montagne.com/778-infos-pratiques.htm

proximité

Prémol fait sa révolution

Au Village Olympique, la MJC Prémol et son théâtre invitent les jeunes à conjuguer réflexion sociale et pratique artistique.

©Mdh Prémol

« Nous sommes une association d’éducation populaire qui s’adresse à tous les habitants et notamment aux jeunes, en proposant des activités de loisirs ou l’accompagnement à la scolarité », explique Donatien de Hauteclocque, directeur de la MJC.

Pour encourager la réflexion, des soirées-débats et des temps d’échanges informels sont proposés par les animateurs ou des associations comme le Planning familial, tandis que des sessions Brevet de Sécurité Routière avec la Police nationale permettent de parler prévention et civisme.

Création collective

Avec son théâtre intégré, la MJC offre une réelle singularité. Celui-ci porte l’Axe de Création qui mobilise dès septembre une vingtaine de jeunes du quartier.

Elisabeth Papazian, responsable du théâtre Prémol, résume : « Il s’agit d’être à l’écoute de leurs préoccupations et de leur donner des outils pour s’exprimer grâce à la pratique artistique. »

Avec le musicien François Simonnot, elle accompagne les jeunes dans une création collective où ils sont impliqués à chaque étape, de l’écriture à la confection de costumes, et dès le choix du thème.

Après le devoir de mémoire, l’esclavage moderne ou encore les parcours migratoires, Le Salon de Manon questionne cette année les Droits de l’Homme et l’égalité filles-garçons à travers un personnage historique, Manon Roland, femme engagée dans l’abolition des privilèges.

Grande nuit festive

Pour « prendre de la hauteur et aiguiser le sens critique », le projet se nourrit de rencontres : une députée du territoire est venue parler de la place des femmes en politique, les metteurs en scène Pascale Henry et Grégory Faive ont animé des ateliers et les jeunes ont travaillé avec les chorégraphes Yoann Bourgeois et Rachid Ouramdane lors d’une résidence au CCN2.

Cette création sera présentée les 1er et 2 juin au Théâtre 145 puis en octobre pour la (très attendue) réouverture du Théâtre Prémol, lors d’une grande nuit festive qui réunira une foule d’artistes complices des lieux de longue date…

informationRenseignements divers
courrielwww.theatrepremol.com

interview

"Rétablir des continuités entre les quartiers populaires et les études supérieures"

Sociologue indépendant et chercheur, Jules Donzelot est spécialisé dans les questions de l’égalité des chances.

©Cécile Béringué

Pourquoi parle-t-on d’inégalités des chances ?

Les jeunes des quartiers populaires sont davantage confrontés à l’échec scolaire et les récents rapports de l’OCDE montrent qu’en France, on est de moins en moins bon pour faire réussir les élèves socialement défavorisés.

On sait produire des élites, mais on n’arrive pas à démocratiser l’enseignement supérieur.

D’où vient cet échec ?

Il y a d’abord la question des aspirations : ces jeunes n’ont aucune idée de la diversité des parcours et il faut donc les aider par l’orientation et la découverte des métiers. Un autre frein est l’autocensure.

Même s’il n’y a pas d’éloignement géographique, on se sent très loin des études supérieures. C’est une question d’intégration sociale : ces jeunes ont dans l’idée qu’il y a des parcours pour eux et d’autres dont ils sont exclus.

Il faut donc rétablir des continuités entre les quartiers populaires et les études supérieures.

Quels moyens mettre en oeuvre ?

On peut s’inspirer de l’Angleterre, qui réussit mieux que nous en développant une politique de l’orientation animée par les établissements d’enseignement supérieur auprès des publics défavorisés.

C’est ce vers quoi on tend en France, avec par exemple la création du dispositif « les parcours d’excellence » proposé à Grenoble dans les grandes écoles. La logique est de familiariser dès le collège avec la connaissance des métiers existants sur le territoire : offre de formation, contenu des études et débouchés.

Les forums des métiers dans les lycées sont une piste intéressante, sans oublier le rôle des associations. Par exemple le programme Démo Campus, mis en place par l’Afev, qui vise à démocratiser l’accès aux études post-bac.

À Grenoble, il s’est concrétisé par l’organisation le 30 avril de « l’Université dans mon quartier » à la MdH Mistral, une première en France !

De quoi s’agit-il ?

Toutes les familles du quartier étaient invitées à rencontrer des ambassadeurs de l’enseignement postsecondaire : universitaires, étudiants, professionnels de l’orientation, etc. L’idée est d’aller au-devant des jeunes et des familles qui, sans cela, n’oseraient pas prendre l’initiative de se renseigner.

C’est important d’aller vers ce public ?

C’est fondamental car le manque de confiance en soi fait qu’il ne suffit pas de mettre à disposition de l’info. Il faut la délivrer par le biais de rencontres réelles. Pour convaincre, il faut des représentants qui disent : « vous nous intéressez ! ».

C’est par ce biais qu’on peut briser l’autocensure et avoir un vrai impact sur leurs parcours. L’enjeu est de transformer la culture de ces jeunes pour agir sur leur représentation d’eux-mêmes et de leur futur.

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