
Si certains spécialistes le font remonter jusqu’à l’art préhistorique, il est sûr que les origines du street art ne datent pas d’hier ! À Grenoble, la Fontaine des Trois Ordres, inaugurée place Notre-Dame en 1897, est déjà une manifestation de l’art dans la rue. Mais c’est surtout durant la période pré-olympique qu’il s’impose, avec l’organisation du premier Symposium (concours) de la sculpture en 1967. En moins de trois ans, la ville accueille une quarantaine de pièces : la Colonne Olympique de Morice Lipsi (Porte de France) ou Les Trois Pics d’Alexandre Calder place de la gare… Le mouvement se poursuit dans les années 70 avec des commandes de fresques murales : celle d’Ernest Pignon-Ernest à la Bourse du travail ou les variations sur le Radeau de la Méduse à Grand’Place par la coopérative des Malassis.
Anonyme et éphémère
La notion de street art apparaît aux États-Unis au début des années 80. Héritier de cet art urbain par la forme, il s’en distingue par l’esprit puisqu’il ne s’agit plus de commandes publiques mais d’artistes s’exprimant spontanément. Qualifié de « vandale » lorsqu’il se caractérise par son aspect revendicatif et illégal, sa rapidité d’exécution et l’anonymat garanti par les pseudos, il prend surtout la forme de tags, graffitis ou pochoirs. Grenoble n’échappe pas au mouvement : le street art se développe dans les friches industrielles : Bouchayer-Viallet, Lustucru… Peu à peu, il s’expose dans toute la ville, au grand dam, dans ce cas, des riverains et des services de propreté.
Maîtrisé ou récupéré ?
De cette scène de graffeurs ont émergé des artistes devenus professionnels : Nicodème, Nesta, ou NESSÉ, auteur des fresques de l’Estacade dans les années 2000. Aujourd’hui, la dimension libre n’a pas disparu — les collages de mouton signés The Sheepest en témoignent — mais le conflit avec l’institution n’est pas automatique. « Cette discipline doit être un moyen de réinvestir et d’embellir l’espace public d’une façon qui sera d’autant moins agressive qu’elle est maîtrisée » explique Corinne Bernard, adjointe aux cultures. Partant du constat que « les fresques existantes sont bien respectées et les habitants réceptifs aux projets s’ils se construisent en concertation », la Ville a accompagné la réhabilitation artistique des rues Chenoise et Très-Cloîtres. Un projet est prévu rue Saint-Jacques, toujours en lien avec les acteurs du quartier. Elle réfléchit enfin à la mise en place de murs d’expression libre. « L’objectif est le même que pour la végétalisation ou la fin de l’affichage publicitaire : travailler avec les Grenoblois à embellir la ville. »









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