Tous nos dossiers

Accueil >Dossiers >Tous nos dossiers>Capitale verte européenne : c’est parti !

Grenoble récompensée

Capitale verte européenne : c’est parti !

Année exceptionnelle pour Grenoble et ses habitant-es. Sacrée Capitale verte 2022 par la Commission Européenne, la Ville devient ambassadrice de l’écologie. Elle a construit un très riche programme d’événements offerts à tous les publics. Durant ces douze mois, Grenoble, ses services et les territoires partenaires (Métropole, Département de l’Isère, Parcs naturels régionaux) s’engagent aussi dans une série de défis pour accélérer la transition écologique. Douze défis en autant de thèmes, du climat à la justice sociale en passant par la qualité de l’air, la biodiversité et l’alimentation, que chacun-e est invité-e à relever. Le coup d’envoi officiel est prévu le 15 janvier 2022. Ce jour-là, la ville finlandaise de Lahti, Capitale verte européenne de l’année dernière, transmettra le « greenbook » à Grenoble. À elle et à ses partenaires de confirmer leurs ambitions pour les transitions et d’illustrer encore, aux yeux de l’Europe entière, cette identité pionnière et innovante que l’Histoire n’a cessé de rappeler. Plus de 300 événements sont programmés, à destination du grand public, de la jeunesse, des professionnels du territoire aussi. Théâtre naturel ouvert à tous les horizons, la Bastille, lieu emblématique pour les Grenoblois-ses, va accueillir un grand nombre de ces manifestations. Chaque mois, un thème en lien avec les transitions sera spécialement débattu, avec l’appui d’un comité scientifique. Ce thème nourrira une série de défis, comme autant d’invitations à agir. En ce mois de janvier inaugural, c’est la question du climat qui s’invite à la table des débats, avant la qualité de l’air en février. « Deux thématiques liées par une même source », comme le rappelle Gaëlle Uzu, géochimiste de l’atmosphère interviewée dans le cadre de ce dossier.

Interview

Éric Piolle : "Avec Capitale verte, on parle d’engouement et de projets concrets"

©Sylvain Frappat

Ça y est, Grenoble est Capitale Verte, comment abordez-vous cette année ?

Avec enthousiasme et responsabilité. C’est un moment unique dans notre histoire, un tournant qui ouvre des horizons, un peu comme les JO de 1968 en leur temps : c’est un rendez-vous qui façonne notre ville et rassemble les Grenoblois-es autour des défis à relever.

Le samedi 15 janvier, se tient la cérémonie d’ouverture. Nous avons voulu un temps convivial, populaire et familial (sous réserve de modifications en raison de la crise sanitaire, NDLR).

Au-delà des célébrations, 2022 sera résolument tournée vers l’avenir. L’enjeu n’est pas de fêter notre titre pendant un an, mais de se servir de cette reconnaissance pour aller plus loin, plus vite et engager les transitions pour 2030, avec la justice sociale et climatique au cœur.

Les forces vives du territoire répondent présent ?

Capitale verte, c’est plus de 300 partenaires, associations, entreprises petites ou grandes, collectivités… qui ont dit «OK, on va s’impliquer pour aller plus loin avec nos salarié-es, pour changer nos pratiques et renforcer nos actions concrètes au service du climat».

On parle d’un engouement et de projets concrets. Un exemple parmi tant d’autres : le don d’arbres que la Ville met en place, c’est un projet simple avec un résultat visible. La Métropole, le Département et l’État se sont tout de suite engagés à nos côtés.

Les entreprises se sont prises au jeu, pour aller vers de l’alimentation bio et locale, végétaliser ou isoler leurs bâtiments, faire évoluer leurs pratiques. GEG devrait arriver à produire une électricité 100% verte, 0% nucléaire et 0% fossile, pour couvrir les besoins des Grenoblois-es.

Les associations, notamment culturelles et sportives, joueront un rôle crucial. Elles sont un maillon essentiel en lien avec les habitant-es. Un «coup de pouce vert» a permis de dégager des financements publics pour les accompagner. Nous avons reçu quatre fois plus de demandes que le budget disponible ! Au-delà des choix à faire, c’est bon signe : le territoire se mobilise.

Mais Capitale Verte est un projet avant tout citoyen, au service des habitant-es afin de se projeter dès maintenant vers la ville de 2030. Comment mieux vivre, comment réduire les inégalités tout en préservant le climat.

Comment mettre en œuvre cela ?

Nous sommes aujourd’hui face à une injustice majeure : le climat se dérègle, les plus modestes sont les premiers exposés alors que ce sont les plus riches qui en sont responsables. Rappelons que les 10% les plus riches de la planète émettent 50% des gaz à effet de serre et que les 1% les plus fortunés polluent près de deux fois plus que les 50% les plus pauvres !

C’est révoltant car partout les premières victimes des inondations, des canicules, des sécheresses ou de la pollution, ceux qui cumulent les violences et stigmatisations, sont les plus pauvres. Ni la France, ni notre territoire n’échappent à cette tendance.

L’exemple du logement est frappant. Les plus modestes font souvent face à des logements exigus et mal isolés. Cela entraîne des factures importantes l’hiver et des chaleurs fortes l’été. Ces logements sont souvent proches des axes polluants qui participent en plus à la mauvaise qualité de l’air intérieur.

Lutter contre la précarité énergétique, c’est soulager les fins de mois des ménages les plus modestes et prendre soin de l’environnement. Le logement, c’est la première facture des Grenoblois-es. C’est un levier essentiel.

Comment allez-vous changer les choses ?

La priorité du gouvernement est de faciliter la vie des plus riches au détriment des plus modestes. Avec Capitale verte, nous voulons que chacune contribue au bien commun à hauteur de ses moyens, que chacun-e se sente concerné par les défis à venir, que chacun devienne acteur du changement.

Voilà pourquoi d’ici 2030, les crédits seront largement fléchés sur ces quartiers où les inégalités se cumulent et où vit près d’un tiers des Grenoblois-es. Par exemple, pour améliorer le cadre de vie et proposer des lieux de fraîcheur l’été, nous portons le projet d’un lac baignable à la Villeneuve.

©Sylvain Frappat

Un autre exemple est celui de l’aménagement de «la Prairie» dans le quartier Mistral. Ce chantier aura un coût équivalent à celui de la place Victor-Hugo. Car chaque Grenoblois-e a le droit à la même qualité de ville.

Avec le projet GrandAlpe-Villeneuve, ce sont plusieurs centaines de millions d’euros qui sont investis, pour donner naissance au premier écoquartier populaire. C’est sans doute l’un des chantiers les plus importants des 50 dernières années. L’investissement sur les quartiers prioritaires sera le choix fort de ce mandat.

Avec Capitale Verte, nous souhaitons travailler sur les convergences entre le pouvoir de vivre et la sauvegarde du climat.

C’est-à-dire ?

Aujourd’hui quand on enlève de la fiche de paye les frais de déplacements, de logement, d’énergie et d’alimentation, il ne reste souvent plus grand-chose pour une majorité de français. Et c’est très inégalitaire.

Ces dépenses «contraintes» pèsent beaucoup plus lourd sur les plus modestes. Or dans le même temps, ce sont aussi sur les déplacements, le logement, l’énergie et l’alimentation que nous devons absolument agir pour réduire notre impact sur le climat.

Que comptez-vous faire ?

Sur le logement nous allons avec la Métropole accentuer notre action pour rénover les logements vieillissants. Pour réduire la facture énergétique et financière. Rien que sur l’Arlequin, nous rénovons au moins 1 600 logements. Notamment des copropriétés dégradées.

Sur les déplacements, la priorité, c’est de réduire la facture liée à l’automobile et en profiter pour améliorer notre air et le climat. La voiture coûte en moyenne 5 000 € par an aux ménages, achat compris.

Nous devons déployer l’autopartage partout et surtout dans les quartiers populaires. Ça divise la facture par deux. La zone à faible émission qui sera mise en œuvre devra intégrer ces notions d’accompagnement des plus précaires. C’est le message que nous portons au sein de la Métropole.

Et bien sûr faire honneur à notre titre de capitale française du vélo. Avec des cours d’apprentissage pour toutes et tous. Ils ont été multipliés par 5 au cours des cinq dernières années. Avec aussi une desserte des quartiers prioritaires en axes cyclables sécurisés.

©Auriane Poillet

Les études ont débuté pour connecter Mistral à Catane, demain à la Presqu’île. Idem sur l’avenue Jean-Perrot pour relier Teisseire à Chavant. Enfin, ça sera sans doute un peu plus lointain, mais nous voulons relier le centre de Grenoble et Échirolles, en desservant la Villeneuve et le Village Olympique. Chaque espace de la ville doit être accessible de manière sécurisée en moins de quinze minutes.

Et sur l’alimentation ?

L’année Capitale Verte doit permettre de mieux manger. Pour tout le monde. La part de bio et/ou local dans nos cantines avoisine les 60% et les 100% dans nos crèches gérées par le CCAS. Là aussi, manger bio en payant son repas en fonction des revenus de sa famille, c’est une mesure de justice sociale et climatique. Nous allons poursuivre en ce sens.

Une étude est lancée cette année pour bâtir une stratégie sur l’agriculture urbaine avec l’optique d’augmenter la capacité productive de la ville et de permettre l’accès à une alimentation durable et locale dans chaque quartier. Une alimentation végétarienne aussi, car c’est bon pour le climat et la condition animale.

Nous sommes aujourd’hui à près de deux repas végétariens par semaine dans nos cantines et nous allons poursuivre dans cette voie.

Au-delà du pouvoir d’achat, comment mieux vivre aujourd’hui à Grenoble ?

2022 est l’année Capitale Verte mais aussi celle de l’accentuation des effets de la pandémie. La crise sanitaire est amenée à durer. Comme pour un séisme, il y a des répliques : la crise économique et la crise sociale sont là, et bien là. Nous devons donc redoubler de solidarité. En agissant sur les sécurités du quotidien : sociales, sanitaires, alimentaires, physiques, matérielles.

La subvention de la Ville au CCAS a été augmentée de 8% cette année, soit 1,50 M€ en plus pour accompagner les publics précaires, la petite enfance et nos ainé-es. Un enjeu majeur sera aussi la lutte contre l’isolement : nous vivons une épidémie de solitude et cela a déjà des conséquences dramatiques sur notre santé mentale.

Une campagne pour préserver et protéger la santé mentale des habitant-es va être lancée en 2022. La santé doit être associée à la solidarité car les inégalités de santé sont criantes.

Nous continuons à nous mobiliser, à travers notre service de santé comme avec nos partenaires dont l’AGECSA que nous soutenons à un niveau important pour son action dans les quartiers populaires.

©Auriane Poillet

Comment travaillez-vous avec les acteurs locaux pour bâtir cette capitale verte ?

Le partenariat est l’une des clés pour garantir les solidarités. Il faut renforcer les échanges entre les acteurs, associatifs, culturels, sportifs, économiques, la communauté scientifique, les habitant-es. Nous fêterons, dans un an, les 40 ans du rapport qu’Hubert Dubedout alors Maire de Grenoble, avait remis au Premier Ministre pour améliorer la vie dans les quartiers.

Je vous invite à le relire, il est visionnaire et posait déjà les enjeux il y a 40 ans. Il met le partenariat et l’échange au cœur du processus pour améliorer la vie. La lisibilité aussi pour les habitants et usagers face à un monde qui se complexifiait déjà… Nous devons faciliter cela, fluidifier, clarifier la relation avec la Métropole.

La proximité est plus que jamais à mettre tout en haut des priorités. C’est un axe de progrès, nous en sommes conscients. C’est en ce sens que j’ai nommé 6 Maires adjoints, dans chaque secteur de la ville pour être au plus proche des préoccupations du quotidien.

La ville et la Métropole ne peuvent pas tout faire. Quelles mesures concrètes défendez-vous auprès de l’État ?

L’État est un partenaire sur de nombreux projets, comme Capitale Verte, mais au niveau central, il peut aussi être un frein. Trois mesures permettraient d’améliorer rapidement la qualité de vie dans nos quartiers.

La régulation du cannabis d’abord. Les points de deal sont une plaie pour les habitant-es. Il faut casser ce système et arrêter le laxisme d’État. Je plaide pour un encadrement et une régulation par l’État de la vente. C’est ce qui se dessine en Allemagne, c’est ce que se fait déjà ailleurs. Cela ne résoudrait pas tout mais il est certain que la situation actuelle serait nettement améliorée pour les habitant-es.

Deuxième mesure : le retour des contrats aidés. Cela permet de faire vivre de nombreuses associations, d’embaucher les personnes qui peinent à trouver un emploi, de retisser les liens sociaux. Enfin, les bailleurs sociaux doivent retrouver de l’air, leurs finances ont été asséchées. Ils doivent pouvoir rénover les logements, améliorer l’entretien, assurer de la présence humaine dans les immeubles, construire en matériaux locaux. Pour cela ils ont besoin de moyens. L’État doit réaffirmer une politique forte en la matière.

De manière plus structurelle nous avons besoin de plus de décentralisation dans notre pays pour accélérer la transition. Cela nécessite plus de capacités d’actions et plus de moyens pour les territoires. Ils sont les mieux placés pour agir très concrètement au service du climat et de la vie quotidienne, sur l’isolation des logements, les déplacements, l’alimentation, la santé ou l’énergie.

Infographie

Agir pour le climat et la qualité de l’air

La Ville de Grenoble et la Métropole s’engagent au quotidien pour le climat et la qualité de l’air, que ce soit dans l’espace public, dans leur fonctionnement ou en encourageant des initiatives innovantes. Et vous, quel défi allez-vous relever en 2022 ?

©Infographie Philippe Mouche. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Interview

Gaëlle Uzu : "Nous sommes une ville à la pointe de la question de la qualité de l'air en Europe."

Gaëlle Uzu est géochimiste de l’atmosphère au sein de l’Institut des Géosciences de l’Environnement, l’un des laboratoires de l’Observatoire Sciences de l’Univers de Grenoble. Elle fait partie du comité scientifique de Grenoble Capitale Verte Européenne.

©Jean-Sébastien Faure

En quoi consiste votre métier ?

Je m’intéresse à la qualité de l’air et aux interfaces avec ses conséquences sanitaires. Concrètement, j’enquête sur ce qu’on va trouver dans l’air, j’analyse et je remonte aux sources des particules qui vont impacter sur la qualité de l’air et, parmi elles, qui ont des effets sur notre santé.

Nous travaillons avec différents appareils analytiques très sensibles et des préleveurs de particules atmosphériques haut volume. Pour situer le degré de finesse de ces analyses, c’est comme si on comptait le nombre de grains dans une petite cuillère de sel versée dans une piscine olympique.

Quelle idée-force mettez-vous en avant ?

Il est important d’adopter une vision qui intègre la qualité de l’air et le réchauffement climatique, car les sources des deux problématiques sont étroitement liées. Il y a des espèces gazeuses à longue durée de vie qui modifient le climat et des espèces de gaz à courte durée de vie, qui dégradent la qualité de l’atmosphère, mais leur origine est identique.

Cela signifie que les changements de politique pour améliorer la qualité de l’air auront des répercussions sur les politiques qui cherchent à limiter le changement climatique, et vice versa.

L’une des grandes forces de Grenoble, c’est qu’on y trouve plusieurs équipes spécialisées qui travaillent sur la qualité de l’air, depuis la caractérisation de la pollution jusqu’à leurs impacts notamment économiques, sociologiques et sanitaires. Ces interactions sont très précieuses. Nous sommes une ville européenne pilote et très probablement à la pointe de la question de la qualité de l’air.

De quelle manière vos travaux influencent-ils la lutte contre la pollution de l’air ?

Les résultats de nos travaux, publiés dans des revues internationales et validés par un comité de lecture, nourrissent le projet MobilAir. Financé par l’Université Grenoble-Alpes, MobilAir réunit un consortium de chercheurs autour des enjeux de la qualité de l’air, de la santé, des coûts économiques et des changements de comportement dans les mobilités.

Nous avons co-construit des scénarios de changement de déplacements avec la Ville de Grenoble, Grenoble-Alpes-Métropole et les 48 autres communes. En particulier, la Ville et la Métropole nous ont demandé comment il était possible de réduire de 50 à 70% la mortalité due à la qualité de l’air.

En 2016, on a estimé à 145 le nombre de décès annuels attribués à la pollution atmosphérique sur l’ensemble de la métropole. Nous travaillons aussi en partenariat avec Atmo Aura pour mettre en évidence les sources les plus nocives.

Grenoble nous sert de ville pilote pour ce genre de projet unique en France, qui met en évidence la nécessité de s’attaquer conjointement au chauffage au bois et aux émissions des véhicules. En revanche, notre travail s’arrête là, c’est aux politiques ensuite de mettre en place des solutions.

Quel est votre rôle dans le comité scientifique de Grenoble capitale verte européenne ?

Cela fait deux ans que nous nous réunissons pour imaginer des interventions où la science aurait toute sa place. Nous voulons montrer aussi comment cette science peut accompagner la transition vers le monde de demain.

Nous avons réfléchi à des événements supplémentaires pour présenter la science autrement. Une science «out of the box», avec un collectif d’artistes en résidence pour apporter des messages à la fois scientifiques et poétiques auprès du plus grand nombre, et tout en évitant les fausses informations.

La qualité de l’air peut être anxiogène, car on ne contrôle pas l’air que l’on respire comme on peut contrôler l’eau que l’on boit. L’air est un bien commun en partage.

Vos commentaires

Il n'y a pas encore de commentaires sur cet article.

réagir

Votre adresse de courriel ne sera jamais publiée.

Tous les champs sont obligatoires

Envoyer

> Commentaires, mode d'emploi

Gre-mag vous propose aussi

De nouveaux usages sur la voie publique

Doubles expressos