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Grenoble : des lieux racontent son histoire

Cité d’innovations sociales et technologiques, ville des cultures et des solidarités, Grenoble exprime son identité pionnière à chaque coin de rue. Au fil d’une histoire mouvementée, la ville n’a cessé de se réinventer : en témoigne son patrimoine, qu’une lecture attentive permet d’en révéler le caractère bouillonnant et parfois imprévisible. Au-delà de ses 35 édifices protégés au titre des monuments historiques, Grenoble se singularise par une mosaïque de lieux révélant les étapes successives de son évolution, depuis le Moyen-Âge jusqu’à l’époque présente. Autant de figures singulières et parfois méconnues d’un récit passionnant, qui est loin d’avoir dit son dernier mot.

Patrimoine

Les lieux emblématiques

A la fois contrainte et sublimée par son environnement alpin immédiat, Grenoble s’impose par sa personnalité. C’est particulièrement visible depuis le sommet de la Bastille, où s’étend loin le spectacle des perspectives urbaines en écho aux massifs qui l’enserrent. Aux pieds du visiteur, toute l’histoire de la ville se dessine, par cercles concentriques.

Le parc Jean-Verlhac, au cœur de la Villeneuve, s’étend sur 14 hectares. Une photo de la fin des années 1970. ©AMMG

Grenoble fut successivement une ville militaire, une ville révolutionnaire, une ville parlementaire, une ville haussmannienne, une ville résistante… Elle a conservé des tumultes de son histoire le goût des défis et du débat, comme en témoigne le pavé luisant de la place aux Herbes, haut lieu des controverses politiques de la ville à partir du XIIe  siècle.

Espace démocratique enfiévré, la place aux Herbes s’est muée en haut lieu des métiers de bouche : marché valorisant nos producteurs locaux et restaurants.

Marqueur social

C’est aussi depuis les contreforts de la Bastille que l’on voit surgir la tour Perret. Perçant la verdure du parc Paul Mistral, l’édifice en ciment moulé rend hommage aux mineurs de la houille autant qu’à la dynastie des bâtisseurs locaux.

Son vertige sensoriel est à la hauteur des techniques employées pour sa construction à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1925. Marqueur social, la tour Perret fait aussi culminer à 90 mètres l’épopée industrielle de Grenoble, qui se prolonge aujourd’hui dans les nouvelles technologies.

Rêve urbain

Les œuvres d’artistes disséminées dans la ville rappellent l’identité patrimoniale singulière de Grenoble. Cette singularité s’exprime aussi dans sa politique d’aménagement urbain.

La place aux Herbes, au début des années 1980. ©AMMG

Toujours en train de se reconstruire sur elle-même : c’est près de là où fut allumée la vasque olympique des Jeux d’hiver de 1968 que Grenoble a bâti l’un de ses quartiers emblématiques. La Villeneuve concentre le rêve urbain de Grenoble et ses combats sociétaux à la fin du XXe  siècle.

Sa transformation progressive en écoquartier populaire prouve la détermination de la capitale des Alpes à s’emparer à bras-le-corps des enjeux du 21e.

Richesses mises à l’honneur

La récente labellisation Ville d’Art et d’Histoire de Grenoble par le Ministère de la culture consacre cette richesse patrimoniale, urbaine, naturelle et culturelle. Elle est aussi l’aboutissement d’un important travail de valorisation qui mobilise musées municipaux et départementaux, bibliothèque patrimoniale, Office de tourisme et conférenciers.

Le label donne enfin à mieux comprendre les secrètes richesses de ce territoire complexe, qui se recompose en permanence et trouve son équilibre dans un foisonnement d’éléments : la montagne et l’eau, la nature et le béton, le flux des idées qui le traversent et son engagement immuable.

Tour Perret 2020

Un monument historique en chantier

Pour son 95e anniversaire, le « chantier-test » de restauration de ce monument historique classé va commencer : un échafaudage, dont une partie sera visitable, sera élevé courant février 2020.

©Sylvain Frappat

Lors de son inauguration en 1925, avec ses quatre-vingt-dix mètres, elle est la plus haute tour en béton armé au monde. C’est l’un des vestiges de l’Exposition internationale de la Houille blanche et du Tourisme de 1925 lancée par Paul Mistral, maire élu en 1919.

Fréquentée par plus d’un million de visiteurs pendant cinq mois, cet événement est l’occasion de montrer au public une ville résolument tournée vers la modernité. Véritable tournant dans son histoire urbaine, l’Exposition fait de Grenoble la « capitale économique des Alpes ».

Aujourd’hui, la « tour pour regarder les montagnes » selon les termes de son créateur Auguste Perret, a vieilli et est fermée au public.

Pour ceux qui se souviennent de l’avoir visitée, c’est à la fois une œuvre d’art et une expérience sensorielle unique, justifiant pleinement sa restauration. Le forum consultatif du 24  mai 2019 a souligné l’envie partagée de sa redécouverte et de sa réouverture au public.

Auguste Perret, un architecte hors normes

Entrepreneurs au sein d’une entreprise familiale, les frères Gustave et Auguste Perret voyaient dans le béton armé un matériau offrant une économie de production, assurant une solidité et une stabilité dans le temps.

Il donnait la possibilité de s’affranchir de techniques constructives traditionnelles de la pierre, mais aussi du métal alors très utilisé pour les gratte-ciel américains. Auguste Perret (1874-1954) acquiert sa notoriété d’architecte grâce à la réalisation de l’église Notre-Dame-du-Raincy (1922-23).

Marie Dormoy, une critique d’art grenobloise, le fait venir à Grenoble et l’incite à répondre au concours pour l’édification de la tour. Qualifiée de prouesse technique, elle est construite par l’un des plus grands architectes français du XXe  siècle dont une partie de l’œuvre est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Un édifice sobre

Construite selon un plan octogonal de 8  mètres de diamètre, la tour s’ancre dans le sol grâce à 72 pieux de 15 mètres de profondeur. Son ossature principale est constituée de 8 poteaux assemblés par des anneaux et une structure secondaire remplie de claustras préfabriqués en atelier.

Le corps vertical est orné de lettres indiquant les quatre points cardinaux. Il est surmonté d’un couronnement ouvert composé de trois terrasses sur l’une desquelles se trouvait initialement une table d’orientation.

informationRenseignements divers
courrielhttps://www.grenoble.fr/1302

La Bastille

Proue et contrefort de Grenoble

« Je n’ai pas la force de décrire la vue admirable et changeant tous les cent pas, que l’on a depuis la Bastille… » Tels sont les mots écrits en 1837 par Stendhal dans ses Mémoires d’un touriste. Un bel hommage pour un site incontournable qui reçoit plus de 600 000 visiteurs par an.

©Thierry Chenu

Culminant à 476 mètres, la Bastille est le verrou naturel de la ville. Il ne faut pas confondre le Rachais, dernier contrefort de la Chartreuse qui surplombe l’entrée de Grenoble et la Bastille, point névralgique de l’enceinte fortifiée qui habille ses versants et lui donne finalement son nom.

Longtemps considérée comme un poste militaire stratégique, la Bastille dispose aujourd’hui de trois musées, d’un centre d’art contemporain, d’un centre culturel et scientifique, de nombreuses attractions et d’une via ferrata.

C’est un îlot de verdure de 25 hectares, véritable réservoir de biodiversité reconnu, classé et protégé. Juste retour des choses, car il ne faut pas oublier qu’avant de devenir une place forte au XVIe  siècle, ses contreforts exposés plein sud étaient recouverts de vignes.

De la maison Rabot à la Bastille

C’est d’ailleurs à la fin du XVe  siècle, qu’Eynard Pradel fit construire au milieu de ses plantations la première maison forte du site. Bertrand Rabot, conseiller du parlement du Dauphiné en fait l’acquisition en 1513.

Elle restera propriété de la famille durant plus d’un siècle. En 1590, alors que les guerres de religion s’achèvent, Lesdiguières reprend la ville de Grenoble aux catholiques à l’aide d’un seul canon positionné sur les pentes du Rachais.

Fort de cette expérience il entreprend immédiatement la construction d’une citadelle fortifiée ainsi qu’une bastille au sommet de la colline. Les travaux se termineront en 1620. Quelques décennies plus tard Vauban critiquera vertement ce chantier, mais, faute de budget, il n’aura pas l’occasion de l’améliorer.

Après la déroute napoléonienne, Louis XVIII confie au général Haxo le soin de renforcer les défenses de la ville. Le résultat de son travail est toujours visible aujourd’hui. Il a notamment construit le fort Rabot, actuelle résidence étudiante, à proximité de la toute première maison forte érigée par Pradel.

Entre  1824 et  1847, il fit aussi creuser, pour stocker canons et munitions, les fameuses grottes dites de Mandrin… Le célèbre contrebandier était déjà mort depuis plus d’un siècle ! La légende a la vie dure.

1934  : la prise de la Bastille est à la portée de tous

Aussi célèbre que ses fortifications : le téléphérique de la Bastille. Inauguré en 1934, il fut le premier transport urbain de ce type en Europe et le deuxième au monde après celui de Rio.

Depuis sa création, il a transporté plus de douze millions de personnes et n’a connu qu’une seule panne importante, le 18  septembre 1976, lors de l’inauguration des célèbres « Bulles ».

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courrielhttps://bastille-grenoble.fr

Place aux Herbes

Point culminant de l’histoire

Si l’on en croit la légende, c’est sur le site de l’actuelle place aux Herbes, juste au-dessus des berges de l’Isère, que se seraient installés, plus de trois siècles avant J.-C., les premiers habitant-es de la future petite bourgade gauloise de Cularo.

©AMMG

Cette partie de la vieille ville a la particularité de s’être progressivement développée sur une sorte de petit monticule de terre qui domine d’à peine quelques mètres le niveau de la plaine.

Nos ancêtres avaient localisé là une protection naturelle contre les crues de l’Isère et un emplacement idéal pour y ériger le premier port du village. Aujourd’hui encore, abstraction faite de la Bastille, la place reste le lieu le plus élevé de la ville.

Culture locale

Elle culmine à 214 mètres d’altitude, comme nous le confirme fièrement Philippe Saint-Pierre, comédien et habitant de la place depuis vingt-cinq ans. Pour évoquer l’histoire de la place, il me donne rendez-vous dans l’un de ces cafés de la place qui rythme la vie du quartier depuis plus d’un siècle.

Pierre évoque avec une certaine nostalgie le temps où la place aux Herbes, une fois les étals du marché pliés, se transformait en haut lieu de la culture locale. S’y côtoyaient les figures de la scène grenobloise comme Serge Papagalli et Chantal Morel. La place, piétonnisée en 2019, a conservé son dynamisme à toute heure de la journée.

Grands débats

Depuis ses origines, la place aux Herbes concentre les commerces d’alimentation. Sa situation, à proximité de l’Isère, n’y est certainement pas étrangère. Déjà du temps de Cularo, les bateliers s’y arrêtaient pour faire leurs négoces. Mais progressivement son rôle s’étoffe.

À mi-chemin de l’évêché et du palais delphinal, c’est la plus grande place intra-muros de la cité. Elle devient alors le théâtre principal de la vie politique locale. Vers le milieu du IVe  siècle, elle prend le nom de place d’Armes.

©AMMG

Puis, en 1100, elle accueille le banc du grand conseil, lieu où se décident toutes les affaires importantes de la ville. On la nomme alors logiquement place du Grand-Conseil. C’est en son centre et en plein air que se déroulent toutes les élections des consuls et administrateurs de la commune.

Petits déballages

En 1290, une réunion tumultueuse oppose le gouverneur et l’évêque de Grenoble, qui contestait le pouvoir des consuls. Une émeute éclate et dégénère provoquant la fuite du prélat.

Après cet événement, elle est rebaptisée place du Mal-Conseil. En 1606, Lesdiguières décide de l’agrandir et y fait élever la première fontaine sur la rive gauche de l’Isère. Elle devient alors la place du Bon-Conseil.

Vers 1700, elle est renommée place de la Marée, car un marché aux poissons s’y tient chaque semaine. La Révolution en fera la Place Marat en 1794, et y placera le buste du célèbre médecin.

La Villeneuve

L’Arlequin : toutes les couleurs d’une ville nouvelle

L’Arlequin laisse rarement indifférent-e. Près d’un demi-siècle après sa création, retour l’histoire d’un quartier qui fait aujourd’hui l’une des particularités du patrimoine grenoblois.

Une photo d’époque de l’Arlequin côté parc, avec la reconstitution des couleurs d’origine. ©AMMG

1960  : la Ville de Grenoble acquiert des terrains au sud de la commune. Les contours d’une future ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité), située à cheval entre Grenoble et Échirolles, se dessinent.

En 1965, alors que la municipalité d’Hubert Dubedout s’installe dans la capitale des Alpes, l’idée d’une “ville neuve” commence à germer, loin du concept habituel de cité-dortoir.

Une ville en un bâtiment

Alors que le Village Olympique et Malherbe sortent de terre en vue des Jeux Olympiques d’hiver de 68, on pense la Villeneuve avec ses équipements intégrés. L’idée est claire : La Villeneuve doit favoriser la vie sociale. Plus facile à dire qu’à faire. Les débats vont bon train et une équipe pluridisciplinaire se construit au fil des mois.

En 1966, la Ville crée l’Agence municipale d’urbanisme, laquelle accueillera officiellement « l’équipe de la ville neuve ». Elle fera émerger plusieurs propositions pour réaliser un ensemble de trois quartiers.

Pour le quartier 1, que l’on connaît sous le nom de L’Arlequin, l’idée d’une « ville en un bâtiment » séduit le Conseil municipal en 1968. Quatre ans plus tard, les premiers habitants s’installent.

Pensé en escalier avec des parties hautes, des parties basses et, parfois, des épis à 120° de l’axe principal, ce long serpent de béton reposant sur des colonnes renferme des appartements traversants lumineux destinés à différentes couches sociales.

Favoriser les rencontres

Parallèle aux coursives des étages, une rue-piéton veut favoriser les rencontres entre les habitant-es. Elle court tout au long du rez-de-chaussée, laissant parfois apparaître un parc d’une quinzaine d’hectares et divers équipements.

Alain Manac’h, qui habite l’endroit depuis 1983, se souvient :

 Il y avait un collège et, au premier étage du Patio, la cantine et le restaurant du quartier. Les écoles étaient ouvertes ; la cour de récréation étant le parc .

Il n’oublie pas non plus la Gazette, ce dispositif vidéo fait par et pour les habitant-es diffusé dans le réseau TV du quartier ; l’Espace 600 et ses projets participatifs, la place du marché et son kiosque, qui existent toujours.

“L’utopie” sociale de l’Arlequin, dont le nom provient des formes géométriques colorées peintes sur les façades des immeubles, réside dans sa vie de quartier, impulsée par celles et ceux qui le composent. Un projet urbain émancipateur.

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courrielhttps://www.grenoble.fr/1144

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Vos commentaires

Commentaire de André HARDOUIN le 27 avril 2020 à 13 h 56 min

Enfin, une reprise en main du patrimoine laissé par les Jeux olympiques d’hiver de 1968.
Mieux encore, la rénovation de la tour Perret. Il est urgent de soigner ses blessures.

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